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Idéalement, ce serait le titre du post en question qui serait ici. Bientôt!

Loi 96 au collège: Mauvaise cible, vraies victimes

Sans surprise, l’hostilité portée contre les anglophones au Québec, au nom de l’éternelle « question identitaire » mène à des manifestations. J’aimerais me pencher momentanément sur l’une de leurs récriminations principales, soit l’imposition de la loi 101 au réseau collégial par l’entremise de la loi 96.


| Vraies victimes

Forcer des cours en français pour les étudiants anglophones n’aura effectivement pour seul effet de les inciter à l’échec, à anéantir leur cote R et les exclure de programmes universitaires d’avenir. Tout cela, parce qu’ils sont anglophones. Il y a certes ici un élément poussant à croire à du racisme* contre les anglophones, tandis que l’effet net sur la « protection du français » sera nul. De plus, considérant que la raison évoquée pour justifier ces restrictions est que le français est minoritaire en Amérique du Nord, le manque d’égards pour les minorités dans la province peut facilement s’apparenter à de l’hypocrisie par les parties affectées.


Il y a ensuite l’affirmation selon laquelle le français parlé des étudiants anglophones est mauvais. Je veux bien le croire, car l’inverse est tout aussi vrai chez les étudiants francophones. Ayant suivi les deux cours d’anglais obligatoires du programme collégial au plus haut niveau (103 et ESH, le code varie selon l’établissement), je puis attester que mes « collègues » dans ces cours destinés à ceux démontrant la meilleure maîtrise de cette langue en possèdent une maîtrise très bancale, sauf les rares exceptions notables qui donnent légèrement espoir.


Il y a plus. Je ne crois pas devoir vous rappeler que le niveau de maîtrise du français aux études supérieures est abyssal, même dans le réseau francophone. Ainsi, la « protection du français » mandate de s’échiner sur une minorité ne détenant pas le capital politique pour se défendre tout en ignorant que le même problème est aussi présent, pour reprendre cette dualité artificielle, « à domicile ».


| Vraie cible

Le problème a toujours été l’enseignement des langues à l’école primaire et secondaire. Saviez-vous que le cours de français au secondaire 5 n’a été, dans mon cas, du moins, qu’un énorme cours de révision? À raison de six périodes par semaine, ce qui est un chiffre important. Jugeant avoir déjà bien assimilé les notions présentées au courant des quatre années précédentes, et avec l’accord du professeur, j’ai employé ces heures, en classe, à rédiger un roman à l’ordinateur. Presque 20 000 mots pour un étudiant du secondaire, exclusivement en classe, ce n’est pas si mal. Il y avait aussi une partie de jeux vidéo sur ledit ordinateur, à l’occasion, tandis que les autres révisaient les règles de conjugaison.


J’ai réussi avec brio le cours et l’épreuve ministérielle, donc vous comprenez que je me demande si tout cela n’aurait pas pu être mené de manière plus efficace. Je n’ai pas suivi de cours particuliers pour y arriver, non plus. J’avais assez de temps pour mener à bien ces tâches de nature non éducative, tandis que les autres s'exerçaient à tourner en rond, car quatre ans d’éducation ont failli à leur montrer comment faire. Je ne blâme nullement le corps professoral, ils font déjà beaucoup avec des conditions de travail qui ne font l’envie de personne, se devant de gérer l’éducation comme un procédé de fabrication, comme un journalier sur une chaîne de montage maniant mécaniquement la masse floue excédant 30 élèves par classe et plus de 100 au total. Comment espérer un bon résultat dans ces conditions?


J’estime y être parvenu car, résolument impopulaire et issu d’une famille assez modeste, il ne m’était donné pour me divertir que de lire ou de jouer à des jeux vidéo gorgés de texte pour les faire durer plus longtemps. Qu’importe la langue, il me fallait quelque chose pour ne pas dépérir. Je jouis aussi d'un handicap, ce qui a aidé tout en exacerbant. C’est donc un cas de réussite extrême qui ne saurait être généralisé à tous les élèves, tirant ses origines d’une situation certes peu souhaitable, en particulier pour des êtres aussi jeunes. Et je passe sur l’anglais, qui ne m’a pas été enseigné adéquatement par la province mais par des productions multimédias.


| Vraie méprise

La classe politique de la province s’acharne sur le collège car elle n’est pas concernée, ni devrait-elle le devenir, par la loi 101, mais ignore que les collégiens viennent d’un réseau scolaire y étant assujetti depuis assez longtemps pour établir l’efficacité de la mesure sur la « protection du français », qui échoue manifestement à améliorer la maîtrise de la langue au primaire et au secondaire. En ce sens, étendre la loi 101 est inutile, tout comme prolonger une autoroute en province ne résoudra pas les problèmes de congestion en ville, étant trop éloignée du problème, tout en provoquant des dommages collatéraux. Le problème est pourtant clair, le système éducatif est mécanique et inefficace. Avec la loi 96, le gouvernement tente de blâmer les étudiants de ne pas avoir suivi le programme imposé par ledit gouvernement, ce qui est un non-sens. Si nous prenions la peine de nous adapter aux élèves au lieu d'attendre naïvement que tout leur viendra par enchantement, leur réussite est assurée et la pérennité de la langue préservée, quelle qu’elle soit.



*Choisissez le terme que vous voulez si vous ne considérez pas la langue parlée comme critère identifiant un groupe d’appartenance. Dans ce cas, vous devriez aussi considérer les anglophones comme citoyens du Québec à part entière, cesser de souhaiter l’imposition de barrières les visant expressément et abandonner l’usage du terme « angliciser », qui ne veut rien dire à part apprendre une langue critique pour communiquer avec le vaste monde.

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