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Test de la Microsoft Surface Pro X

| Windows-on-ARM, une vieille promesse

Il y a près de dix ans, donc un siècle en termes de technologie, Microsoft introduisit au monde Windows 8, Windows RT et la première tablette Surface avec une idée en tête, soit d'uniformiser le fameux système d'exploitation sur mobiles et ordinateurs. Ce fut somme-toute un échec, tentant de forcer un système incompatible avec les processeurs ARM sur les tablettes et une interface incompatible avec les ordinateurs en tout genre sur les PC, quoique ce que nous avons ici s'approche de la vision ultime qu'avait le géant de Redmond. Ce que nous avons, c'est une tablette ARM 64-bit avec Windows 11 et, plus important encore, un système d'émulation d'applications x86 et x86-64, promettant que toutes les applications Windows que vous connaissez (et haïssez, selon le cas) puissent vous accompagner où que vous alliez avec cet appareil. Est-ce là un triomphe ou un autre échec? Tentons de répondre à la question avec ce test réalisé par mes soins.


| Spécifications

Voici ce dont la tablette Surface Pro X est faite:

| Spécifications de la Surface Pro X

| Dans la boîte

Le contenu inclus dans la boîte se limite à l’essentiel. Il y a un chargeur propriétaire de 65W, une mince documentation, un petit Eject Pin et la tablette. Un adaptateur USB-C vers USB-A 3.0 aurait été pratique mais ce qui fait le plus mal, c’est que le stylet Microsoft Surface n’est pas inclus. C’est quelque chose qui me déçoit énormément car sur la série Galaxy Tab S, ces stylets sont inclus et se relèvent très pratiques.


| Design, matériaux et prise en main

L’appareil est presque entièrement fait d'aluminium anodisé, un excellent choix qui lui permet d’avoir un poids relativement bas, essentiel pour ne pas entraîner de fatigue en tenant la tablette pendant des périodes prolongées, tout en évitant que les couleurs se dégradent au fil du temps. C’est sur la partie supérieure de la tablette que nous retrouvons du plastique, certainement au bénéfice des antennes. Le plastique utilisé est de bonne qualité et ne gâche nullement la sensation de qualité générale de l’appareil. Le grand kickstand, ou support intégré, est entièrement fait de métal et maintient habilement l'appareil en place, avec une flexion quasi-inexistante lorsque l'on effectue des manipulations sur l'écran.

Survol des composantes de la Surface Pro X
| Le large kickstand est raisonnablement épais, alliant stabilité à élégance.

Le large kickstand est raisonnablement épais, alliant stabilité à élégance. Sous ce dernier se cache...

... un logement fort pratique que nous explorerons plus tard.


| Écran et Saisie

L’écran n’est pas de format 16:9 ou même 16:10, mais bien 3:2, ou 15:10. L’écran est bien plus haut que les appareils conventionnels, excellent pour la lecture ou même pour l’édition de photos.


C’est une tablette, donc il n’y a pas de clavier intégré. Vous pouvez vous en procurer séparément mais à un prix assez élevé. Ce genre de clavier-accessoire n’est pas conçu pour une écriture soutenue à cause de son retour tactile médiocre et de la profondeur d’actuation quasi-inexistante. Un bel ensemble qui promet une expérience d'écriture horrible.


L’écran supporte les stylets avec le protocole Microsoft uniquement. Les stylets S-Pen de Samsung, par exemple, ou les autres stylets EMR, ne sont pas supportés.


Autrement, l’écran est tactile. La réponse tactile est excellente, aucune latence à déplorer. La matrice tactile est aussi invisible, au contraire de mon laptop personnel. Le contenu à l'écran est la seule chose qui monopolisera votre vision.


Par contre, la qualité d’image est plus difficile à gérer. Ce n’est pas un écran OLED mais l’écran est vraiment terne. De plus, le contraste n'est pas idéal. C’est probablement la deuxième pire qualité d’image sur une tablette IPS que je n’ai jamais vue, la pire étant de mémoire celle de la Samsung Galaxy Tab 2 (et non pas S2). L’image est bien pire que celle de mon moniteur de bureau, lui aussi possédant une dalle IPS. Toutefois, ce n’est pas horrible. La plage colorimétrique est bonne et mes photos les plus colorés apparaissent de manière éclatante. Si vous n’avez rien avec quoi faire une comparaison directe, la qualité d’image vous plaira sûrement.

Pris à part, l'écran semble éclatant...
...mais une comparaison avec la Tab S7+ révèle que la vérité est toute autre.
Heureuse surprise: le noir rend très bien, quoique le bleu souffre du faible contraste.

Le mouvement est très mal géré par l’écran, ce qui cause énormément de flou visuel et un dédoublement des éléments à l’écran, comme je l’ai souligné dans ma prise en main du Lenovo ThinkPad X1 Extreme Gen 4. C’est très désagréable pour visionner ou lire quoi que ce soit, surtout si vous faites défiler les pages au fur et à mesure de votre progression.


| Audio

Après l’écran, la composante la plus importante d’un appareil audiovisuel est la sortie audio. Et laissez-moi vous dire que les haut-parleurs stéréo intégrés sont étonnamment médiocres. Même avec l’égalisateur Dolby Audio Premium inclus avec l’appareil, il est simplement impossible d’obtenir un son plaisant à entendre. Je ne crois pas avoir eu à composer avec une sortie aussi mauvaise depuis le premier Galaxy A5 2015, qui n’avait qu’un haut-parleur mono. Et même à ce point, j’en garde un souvenir plus agréable que du système sonore de cette tablette.


Le son est plat, sans relief, et simplement difficile à supporter durant des périodes prolongées, ce par quoi j’entends « plus de 30 secondes consécutives ». La situation est encore pire avec l’égalisateur Dolby Audio Premium, que j’ai tôt fait de désactiver. Cela suffit pour ces séances où de nombreuses personnes se regroupent tout en arborant une image floue et couverte de bruit électronique de soi-même, avec un faux arrière-plan si évident qu’il en devient insultant, mais sans plus. Tenter d'y visionner une émission quelconque relèverait du masochisme, parfait pour dissuader les procrastinateurs de se distraire.


| Caméras

Parlons justement des caméras de l’appareil. Elles sont… bonnes! Pas de quoi rivaliser avec un téléphone haut-de-gamme, mais la qualité est plus que suffisante pour « numériser » des documents imprimés. L’image produite par le capteur arrière de 10,5MP est nette et de haute résolution. Le capteur avant de 5MP, lui, est aussi très satisfaisant. La capture vidéo en 1080p est bonne et vous évitera de ressembler à un amoncellement de blocs flous se mouvant à 5 images par seconde.


| Énergie et endurance

L'endurance est passable. Avec la luminosité au maximum et un usage soutenu et décent du CPU et du disque, l'appareil peut continuer d'illuminer votre visage pendant 3h30, quoiqu'il s'agit d'un cas extrême, l'autonomie étant excellente autrement. L'émulation de code x86 présente un impact très important sur cette valeur, et c'est encore pire avec l'émulation x86-64. À éviter le plus possible, donc.

Recharge 65W: 2h00

Recharge 25W USP-PD: 2h30


| Ports, extensibilité et réparabilité

La Surface Pro X comporte 3 ports. À gauche, nous avons deux ports USB-C 3.2 (10 Gbps) avec USB-PD. À droite, nous avons un unique port propriétaire Microsoft, utilisé notamment par le chargeur de 65W. Vous pourrez donc utiliser des appareils externes sans devoir cesser la charge de votre appareil, ou vous procurer un hub spécifique. Cela permet d’éclipser toutes les tablettes Android sur ce front.

À l’endos de l’appareil et sous le kickstand si pratique, il y a une plaque que vous pouvez enlever à l’aide de n’importe-quel Eject Pin. Sous celle-ci se trouve le slot pour carte Micro SIM et votre seule option pour augmenter le stockage interne de l’appareil.

Chose inédite sur les tablettes Android, le stockage interne est sous forme de SSD M.2 2230, et le SSD est exposé! Cela veut dire que vous pourrez vous procurer, dès que bon vous semble, un autre SSD et remplacer celui déjà présent. Seule une vis Torx standard maintient le SSD en place.

L'appareil ne supporte que la LTE-A, même si ma SIM indique "5G".

L'appareil ne supporte que la LTE-A, même si ma SIM indique "5G".

| Performances

C'est bien sûr la question qui tue: comment un processeur de type ARM performe sur Windows? En général... très bien! Le système demeure très fluide, même en multipliant les fenêtres dans Edge Chromium et diverses applications de bureau. La tablette n'a jamais ralenti ni figé dans ce contexte durant ma période d'évaluation.

Et voici pour les mordus de chiffres, des résultats de benchmarks.

Notez que Cinebench n'offre pas de version native ARM, donc ceci est la performance avec l'émulation de l'architecture x86-64.

Geekbench 5 n'a pas pu détecter le GPU

| Geekbench 5 - Moyenne, 5 tests consécutifs

| Cinebench R23 - Moyenne (Émulation)

Ces résultats démontrent que les applications natives Windows ARM performent très bien. La performance est légèrement en deçà de l'Intel Core i5-1035G7. Considérant la différence de TDP, soit la consommation énergétique et la production de chaleur du processeur, ce n'est pas si mal. Toutefois, la comparaison avec Cinebench fait mal. En effet, probablement à cause de l'émulation x86-64 sur ARM, le processeur est environ 2x plus lent en comparaison avec les scores de l'i5-1035G7, qui obtient 1000/4000 en moyenne.


Dans les faits, le processeur ARM Microsoft SQ1 de la tablette est en fait un Qualcomm Snapdragon 8cx de première génération, lui-même largement une version surcadencée du Qualcomm Snapdragon 855. Y'a-t-il une différence entre le 8cx et le 855? Fort heureusement, j'ai une Galaxy Tab S6 à ma disposition pour effectuer une comparaison. Et disons qu'il est évident que c'est bien le même processeur dans une déclinaison légèrement améliorée.

| Geekbench 5 (Surface Pro X, SQ1)

| Geekbench 5 (Tab S6, SD855)

NOTE: Geekbench 5 ne détecte pas le GPU de la Surface Pro X. Nous avons donc été dans l'impossibilité de produire un test de son GPU.


C'est sans surprise que les scores sont très similaires. Le 8cx profite de son environnement et augmente son TDP, ce qui lui permet de générer plus de chaleur sans devoir ralentir plus tard à cause d'une éventuelle surchauffe. Ses scores en multicœur s'approchent de ceux du Snapdragon 888, quoique je ne peux pas en dire autant des scores en monocœur.


Côté jeux, l'appareil est compatible avec tous les jeux actuellement, grâce à une très bonne émulation du code x86 sur le processeur ARM. Le GPU supporte DirectX 12 (WDDM 2.7, FL 11_1). La performance de ce dernier est... décevante. Les titres 2D ne représenteront pas un problème mais les titres 3D tournent péniblement. Attention, je parle de véritables jeux 3D comme on en trouve sur Steam, pas les petits jeux de pacotille sur mobile. L'appareil a été incapable de maintenir un framerate stable sur un de mes titres favoris, Sonic Generations, sorti en 2011, soit le titre 3D moderne le plus ancien dans ma librairie Steam. En fait, le GPU était incapable de me donner 30 fps en 1080p. Disons que ça donne le ton pour le reste. J'ai essayé d'autres jeux mais le tableau ne s'est guère amélioré. Pour l'émulation, nous savons déjà que de nombreux émulateurs ont des applications Android natives, donc il est attendu qu'ils ne requièrent pas d'émulation de code. Toutefois, entretenir cet espoir serait un exercice inutile. Les émulateurs en question ne sont disponibles actuellement qu'en version x64, donc les émulateurs sont émulés eux-mêmes par le système Windows-on-ARM. La recompilation de code nécessite une très bonne performance du CPU, et puisque nous savons que l'émulation Windows-on-ARM comporte une énorme pénalité, il vaudrait mieux oublier.


| Communications

L'avantage de se servir d'un processeur Qualcomm, c'est la possibilité de bénéficier d'un modem intégré et donc de profiter d'Internet partout où vous vous trouvez. En plus, l'appareil arbore non-seulement un slot pour carte Micro SIM, mais aussi une eSIM. Vous bénéficierez donc d'une bonne flexibilité sur ce front. Je ne suis pas parvenu à effectuer des appels ou à envoyer des messages à l'aide de ma propre carte SIM, malgré la présence d'une application "Messages" intégrée, ce qui est très décevant. La qualité du signal est bonne sur l'appareil, je n'ai jamais été victime d'une déconnexion inopportune. Toutefois, cela varira grandement selon votre emplacement.


| Sécurité et logiciel

Concernant les mises à jour de sécurité, il n'y a pas lieu de s'inquiéter, les correctifs mensuels étant distribués immanquablement à toutes les plateformes Windows supportées à chaque "Patch Tuesday". De plus, les mises à jour de fonctionnalités Windows sont distribuées assez rapidement, bien plus vite que sur une tablette Android, du moins.


Le système d'exploitation est Windows 11 ARM 64 bit. Les composantes système sont nativement ARM, permettant d'éviter de les émuler, assurant vitesse et économie d'énergie, comme vous pourrez le constater en consultant l'image ci-dessous. L'appareil exécute toutefois des applications x86 et x86-64 si besoin est, comme c'est le cas pour l'omniprésente suite Office. Chose intéressante, tandis que Word et PowerPoint sont émulés, Excel dispose d'une version ARM native.

Applications ARM64, x86 et x86-64 se côtoient joyeusement.

Applications ARM64, x86 et x86-64 se côtoient joyeusement.

| Conclusion

Que pouvez-vous faire avec une tablette Windows ARM? À peu près tout. La qualité de la construction et la très bonne autonomie font de la Surface Pro X un appareil portatif de premier choix, la cerise sur le gâteau étant le très grand contrôle que vous pourrez exercer sur le fonctionnement de l'appareil. Pour travailler, c'est parfait. Il n'y a qu'un seul défaut empêchant de voir la Surface Pro X comme la tablette ultime, et c'est son écran. Microsoft doit absolument le remplacer par une dalle OLED ou une dalle IPS de meilleure qualité. Et en même temps, pourquoi ne pas améliorer les haut-parleurs? Ce sera ensuite un appareil réellement polyvalent, convenant à tous les types d'usage.

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